William Thornhill, batelier illettré au sang chaud mais au grand cœur, vole une cargaison de bois. Il est banni en Nouvelle-Galles du Sud en 1806. Comme beaucoup de condamnés, il est amnistié après quelques années et s’installe au bord du fleuve Hawkesbury. Peut-être le gouverneur lui fait-il cadeau de cette terre, ou peut-être la prend-il simplement – l’Hawkesbury marque la limite des terres habitées à cette époque et n’obéit pas aux règles normales. Quoi qu’il en soit, il acquiert cette terre, ses premiers hectares au bord de l’eau. Tout semble le destiner à devenir riche. Il n’y a qu’un seul problème : cette terre appartient déjà à quelqu’un. Elle fait partie du territoire des Darug depuis environ quarante mille ans. Ils n’ont pas construit de barrières, de routes ni de maisons mais ils vivent sur cette terre et de cette terre, aussi clairement que Thornhill avait l’intention de le faire. Ils ne vont pas abandonner leur terre sans se battre. Les lances sont certes des armes primitives, mais les colons savent bien qu’elles peuvent tuer aussi sûrement qu’une balle de mousquet. Quand il comprend tout cela, Thornhill se trouve devant un choix impossible. Certains de ses voisins – Smasher Sullivan, Sagitty Birtles – considèrent les Darug comme à peine humains, comme des sauvages ayant aussi peu de droits sur leur terre que des chiens. Quand les Darug refusent d’être chassés, ces colons n’ont aucun scrupule à leur tirer dessus ou à les empoisonner. D’autres voisins font un choix différent et trouvent moyen de coexister avec les Darug. Blackwood a créé une famille parmi eux. Mrs Herring “leur donne tout ce qu’ils demandent”. L’hostilité entre blancs et noirs monte petit à petit. Pour finir, un groupe de colons décide de sortir régler leur compte aux Darug une fois pour toutes. Thornhill se joindra-t-il à eux ? La décision qu’il prend détermine le reste de sa vie. Le fleuve secret plonge le lecteur dans l’expérience des limites. Qu’est-ce que cela fait – moment après moment, jour après jour – de se trouver dans cette situation ? Le récit ne juge pas les personnages ni leurs actes, il invite seulement le lecteur à se poser la question de savoir ce qu’il aurait fait dans le même cas...
Mon avis en quelques mots...
25 mai : le jour est arrivé de poster mon billet spécial Challenge Destination Australie ! Après avoir été déçue par plusieurs romans d’auteures australiennes (cf. mes messages plus bas), j’ai fini par trouver mon bonheur avec Le fleuve secret de Kate Grenville, que je m’étais procuré il y a quelques semaines en flânant dans ma librairie préférée. En toute honnêteté, cela faisait longtemps que je n’avais plus été éblouie à ce point dans le domaine littéraire. Il est vrai que ce roman de 300 pages (titre original : The Secret River) ne pouvait qu’attirer mon attention : une auteure australienne, un récit à cheval entre Londres et Sydney, et se déroulant qui plus est entre la fin du XVIIIème et la début du XIXème siècles, la « problématique » aborigène, sur laquelle je m’étais déjà penchée pendant mon mémoire de maîtrise… Et c’est finalement le destin d’une famille, les Thornhill, qui m’a prise aux tripes, chapitre après chapitre. Ces Londoniens sans le sou, mais néanmoins solidaires, exilés en Australie suite au délit du mari, forcé de « choisir » entre ça et la corde. L’écriture de Kate Grenville, parfaite et extrêmement riche en détails, m’a quasiment permis de m’introduire au sein de la vie de cette famille qui ne s’en laisse pas compter, et fait preuve d’une abnégation sans faille pour faire face aux grandes difficultés qu’elle a à affronter (que ce soit d’un point de vue matériel ou émotionnel). Au fil des pages, je me suis attachée à chacun des personnages, William, sa femme, ses enfants, ses voisins, mais avec une grande admiration pour le magnifique portrait de femme dépeint par Kate Grenville en la personne de Sal, l’épouse, très aimante mais dotée d’un fort caractère, sans doute forgé par la dureté de la vie imposée aux anciens bagnards sur la colonie. La destinée de cette famille, qui restera soudée malgré des conditions de vie en dents de scie, est de celles que j’aime trouver en littérature : riche d’expériences, elle m’a permis d’entrevoir les individualités, de creuser les caractères, les espoirs et les grands rêves que chacun nourrit sur cette terre de liberté qu’est l’Australie du XIXème siècle. J’ai surtout compris la complexité du personnage principal, William Thornhill qui, en partant à la découverte d’un nouveau monde, part surtout à la recherche de lui-même. Et en cela, sa rencontre avec « les indigènes » au bord du fameux fleuve secret est très riche d’enseignements sur les rapports entre blancs et noirs en Australie à l’époque. Les premiers contacts entre les deux populations mettent à jour à la fois l’ignorance des colons, dont découle irrémédiablement la peur, et la fierté des Aborigènes, qui tentent tant bien que mal de s’imposer, et d’imposer leur mode de vie, mais à qui l’on dérobe les terres ancestrales jour après jour, dont on viole les femme encore et encore, et ces bébés dont on tranche la gorge impunément… Le fleuve secret est un grand roman, à la fois virtuose, dépaysant, et surtout instructif en ce qui concerne les zones d’ombre du passé colonial de la Grande-Bretagne. Il est des romans que l’on n’oublie jamais, et je pense que celui-ci en fera partie.

7 commentaires:
Wahou ! Eh ben ça c'est de la critique !! Comme tu écris bien ! :)
ça donne très envie de lire ce bouquin.
J'avais déjà repéré ce titre, et alors là, comment veux-tu que je résiste?!! Je surligne du coup!
Contente que tu ai trouvé une perle pour ce défi.
Il a l'air très très bien! Si je peux me permettre, ce serait bien de sauter à la ligne de temps en temps dans tes billets car la lecture est difficile...
En tout cas merci de ta participation!
Je suis un peu obsédée par l'aspect esthétique de mon blog, et le fait de ne jamais aller à la ligne était un parti pris stylistique plus qu'autre chose, mais je suis bien consciente que ça rend la lecture difficile, donc merci pour ton commentaire qui me confirme tout ça, je vais faire le nécessaire dans le week-end pour y remédier, d'autant que c'est une aberration du point de vue du sens. ;)
Et pour ce qui est du challenge, je ne regrette pas du tout ma participation, ç'a été un vrai plaisir de tâtonner dans mes lectures pour enfin trouver la perle !
Je note aussi ce roman qui pourrait bien me convenir. En tout cas ton enthousiasme est contagieux !
Oh lalala, que ça donne envie ce joli billet ! (euh pareil qu'evert, j'aurais encore plus apprécié si la lecture avait été plus "confortable"). Bref, je le note !!!!
Merci pour vos commentaires, je suis contente que mon billet vous donne envie de lire le livre !
Et promis, demain ou dans la semaine qui vient, je revois tous les posts pour les aérer un peu ! ;)
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